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EN COURS DE RECONSTRUCTION.
Vous ne l'attendiez plus, mais le voilà.
AAR se refait une beauté, change de concept, et espère que vous serez toujours au RDV après ça...

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[Combat] Aide pour December

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Ca me convient très bien, j'aime beaucoup les histoires de pirates :/7/: J'essaierais de faire quelque chose dès que je pourrais (sans doute dès demain), même si à mon avis, il me faudra plus d'un post pour m'améliorer.
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Il avait encore du mal à le croire, mais sa réputation ne souffrirait pas qu'il passe à côté d'une telle opportunité, et, surtout, le laisser à un autre ferait qu'il aurait une sérieuse concurrence, une concurrence qui pourrait aussi bien que lui acheter canons, hommes et vivres, ce qui ne ferait qu'accroître sa puissance, et diminuer la sienne. Alors que si c'était lui...

Il avait juré de ne pas le faire. Non, il ne partirait pas, comme un dément, à la recherche de trésors mythiques, il se contenterait de piller navires et villes voisines, profitant de temps à autres du commerce d'esclaves et d'épices s'il devait en passer par là, mais ne pas finir comme ça, comme son père avait fini, les yeux brillants de mirages et de chimères d'avoir trop cru pouvoir trouver des merveilles, quand il n'y avait que récifs et rapides à traverser, à s'échouer, à revenir, et devenir finalement l'objet de légendes lui-même, parce que le chant des sirènes l'aurait rendu fou, ou alors, un monstre marin quelconque lui aurait enlevé tout sens commun. Non, il ne finirait pas comme ça. Et pourtant, peut-être était-ce dans son sang, c'était ce qu'on disait, en tout cas, lorsqu'il entendit parler du trésor d'Ivar le Lancier, ses oreilles se mirent bizarrement à bourdonner, comme si elles avaient détecté une piste particulièrement intéressante. Pourtant, son esprit avait essayé de lutter contre ce sentiment, cette envie irrépressible de partir à la recherche du-dit trésor :

''Allons, les Vikings ne sont jamais descendus jusqu'à la mer des Caraïbes. Qu'ils aient découvert le Canada, je veux bien, mais c'est beaucoup trop au Sud...''

Et pourtant, c'était la nouvelle lubie des pirates du globe, le trésor Viking légendaire se serait trouvé quelque part dans la mer qu'il parcourait pratiquement tous les jours depuis plus de quinze ans. Et pourquoi fallait-il qu'il écoute cette histoire-là plutôt que toutes les autres, celles qu'il avait ignorées depuis des années ? Il frappa du poing sur la table devant lui, couverte de cartes maritimes diverses, roulées sur elles-mêmes, tant il pouvait parfois s'exaspérer lui-même. Il avala une gorgée de rhum, boisson pas chère et qui avait le mérite de ne pas croupir, lorsque l'on s'embarquait pour parfois plusieurs mois, et finit par sonner une clochette, qu'il tenait à portée de main, sur la table, au son de laquelle son second se précipita, avec l'empressement moyen qu'il convenait d'adopter.

''Vas me le chercher'', ordonna-t-il pour la troisième fois depuis la veille.

Il ne fallut pas bien longtemps pour que l'homme revienne avec le corps maigrelet d'un vieillard en guenilles, dont les yeux bleus brillaient de malice, pourtant, se sachant détenteur ou non d'un secret qui pourrait, si le chef pirate avalait son histoire, ou glorifier celui-ci dans les légendes jusqu'à la fin des temps, ou bien le ridiculiser aux yeux de tous. Et l'autre allait bien sûr reposer les mêmes questions, inlassablement, n'arrivant toujours pas à décider si oui ou non, il disait la vérité.

''Je vous le répète, c'est un trésor tel qu'on n'en a plus jamais vu depuis des temps très anciens. Ivar le Lancier avait été chassé de son clan, et avait donc dû partir avec pour seuls compagnons sa famille et quelques animaux, emportant tous les biens qu'il pouvait voler à ceux qui l'exilaient ainsi, et croyez-moi, il y en avait. Après des mois de pérégrinations, pendant lesquels il brava vents et tempêtes, il finit par arriver sur la petite île où mes ancêtres vivaient, et par s'intégrer à la tribu. Lui, ses deux épouses et ses treize enfants amenèrent les gênes nordiques parmi les nôtres, comment expliqueriez-vous que j'aie les yeux bleus, autrement ? Le butin qu'il ramenait ne trouvait pas d'utilité, pour les cultivateurs que nous étions, nous ne connaissions pas la valeur des bijoux ou de l'or. Tout fut caché dans l'une des grottes de l'île. Les années ont passé, et voilà qu'ils ont envahi l'île, massacrant ma tribu ou les prenant pour les vendre comme esclaves. J'ai réussi à m'échapper et...''

''Et depuis, tu parcours les Caraïbes en racontant ton histoire de navires en navires, en espérant que l'un d'eux la croit et te ramène sur ton île chérie. Tu sais au moins que tu ne retrouveras pas les tiens, là-bas ? Si ce que tu dis est vrai, ils doivent servir dans des champs de coton ou de canne à sucre.''

''Je sais. Ce n'est pas les miens, que je veux retrouver. C'est mon île. Je veux mourir là-bas, comme y est mort mon père, et mon grand-père avant lui, et, bien avant encore, mon ancêtre Ivar... Pour ça, je vous donnerais tout ce trésor, qui m'appartient un peu, comme il appartient un peu à tous ceux qui ont été vendus.''

''Et comme il appartient désormais un peu aux trois capitaines à qui tu as conté ce récit avant moi !'', ragea Edmond le Borgne.

''Mais ils ne savent pas, ils ne savent pas où il est, précisément, il aurait fallu qu'ils m'emmènent, pour savoir...''

Bien, admettons que l'île soit assez grande ou assez difficilement praticable pour que la seule grotte de l'endroit ne saute pas aux yeux de quiconque accosterait. Le capitaine jeta un coup d'oeil à son second.

''Bon. Suivez les directions que Monsieur aura la bonté de vous donner.'', se résigna-t-il.

Le bourdonnement dans ses oreilles s'intensifia. Il revit son père, les derniers temps, qui posait les mains sur les côtés de son crâne en permanence, comme pour y faire cesser quelque chose. Edmond commençait à comprendre quoi. Et le navire changea lentement de cap. Il savait déjà qu'il regretterait son geste. Il savait aussi que s'il n'y allait pas, le bruit ne s'éteindrait jamais.

Il reconnut le navire accosté là alors qu'il se trouvait encore bien loin de l'île. La Baleine Noire. Ce qui signifiait, indubitablement, que son capitaine ne devait pas se trouver loin. Dans le milieu, on l'appelait Louis Le Hutin, mais ce n'était qu'un surnom, se référant à un roi connu pour sa violence, ses colères et sa bêtise. Il n'y avait qu'à écouter le nom proprement grotesque de son navire pour en avoir une idée. Certes, certains disaient que le Coeur de Corail, comme était baptisé le trois-mâts sur lequel naviguait Edmond, avait un côté un peu trop tendre, presque efféminé, mais les moqueries qu'il pouvait recevoir, ou que tout autre nom de bateau pourrait recevoir, n'étaient rien face à celui qui contenait le mot 'Baleine' dans son intitulé. Et pourtant, il n'était pas prêt à affronter ce dégénéré de Hutin. Il le savait : pas assez de poudre, le navire souffrait encore, à certains endroits de la coque, d'une certaine fragilité qu'il avait négligé de réparer la dernière fois qu'il avait accosté. Sa seule chance était un combat sur terre, et non sur mer.

''Peut-on débarquer ailleurs ?'', demanda-t-il à son guide, qui s'empressa d'indiquer une autre plage, un peu plus loin, de laquelle le bateau prit la direction sans broncher.

''Mais ils nous sépareront toujours de la grotte'', prévint le vieil indigène. ''On ne peut y accéder que par cette plage, qui mène à une falaise, et c'est le seul chemin.''

Bien. Tout espoir d'éviter le Hutin était donc perdu. La semaine commençait bien, comme disait celui qui devait être pendu le lundi.

Oh, bien sûr, Edmond le Borgne était un pirate sanguinaire qui tirait sa gloire de plusieurs combats gagnés parfois avec facilité, parfois sans, mais qui lui valaient une féroce réputation de batailleur, toujours prêt à croiser le fer pour peu qu'on ait accidentellement piétiné le bout de son richelieu bien ciré. En vérité, les batailles, plus il s'en passait, mieux c'était, et il comptait souvent sur sa réputation pour le débarrasser des ennemis avant même qu'ils aient tâté de sa lame. S'il y avait une chose qu'il avait apprise des histoires de pirates les plus abracadabrantes, c'était bien que l'invincible finissait toujours par trouver plus doué, plus fort ou plus chanceux que lui, et s'il pouvait retarder ce jour, ce serait aussi bien. Pourtant, il s'engagea dans les forêts, cherchant le chemin de la plage où ils avaient failli débarquer d'abord, celle que le Hutin occupait, cherchant apparemment une ouverture dans la falaise qui surplombait la baie, puisqu'il devait être persuadé que la grotte serait accessible par ici. L'indigène, une fois relâché, et heureux d'avoir atteint son île, avait expliqué au capitaine que l'entrée de la grotte était en réalité sous-marine, et qu'il fallait plonger et nager sous l'eau sur quelques brasses pour trouver la ''porte'', sous la falaise, avant de remonter vers le fameux trésor, le drakkar Viking, et tout ce qu'il contenait. Sans cette information, heureusement, l'équipage de la Baleine pouvait toujours chercher, il ne trouverait rien. De quoi les narguer un peu, donc.

''Le Hutin !'', appela-t-il sans hésiter en arrivant aux environs de la plage. Plutôt ça que de se faire embusquer par une dizaine de matelots sans expérience, parce que, pour le coup, les conteurs auraient du mal à lui trouver des circonstances atténuantes. La plage sembla arrêter net ses frémissantes recherches. Tous les yeux se tournèrent vers le capitaine adverse. Un physique assez banal, somme toute, de son crâne rond à ses oreilles ornées d'anneaux. Un physique assez banal sinon pour la forme étrange de sa bouche, qu'un bec de lièvre venait déformer de façon assez disgracieuse. Mais ce n'était pas le disgracieux qui effrayait le Hutin. Le Borgne, lui, avait un côté plus noble, malgré le bandeau qui lui barrait le visage. Ses cheveux s'harmonisaient dans une perruque ondulée à la pointe de la mode, et sa silhouette svelte lui permettait des courbettes et des sauts qui donnaient à son style toute la souplesse des grands pirates, pas la lourdeur massive du matelot de base qu'arborait Louis avec fierté.

''Le Borgne...'', grincèrent ses dents dans une parfaite caricature après qu'il avait dévisagé l'homme qui l'avait interpellé. ''Je suppose que tu ne passais pas là par hasard...''

''Tu supposes bien. Je ramenais un ami chez lui, justement, il m'a parlé d'une histoire de trésor... A toi aussi, je suppose. C'est bête que tu te sois senti obligé de l'abandonner, il t'aurait sans doute indiqué comment trouver l'or.''

Les dents en face grincèrent à nouveau. Un autre pirate, un amoureux de la joute verbale, de ces pirates qu'Edmond aimait à fréquenter, aurait dit quelque chose sur son soudain intérêt pour les trésors légendaires, et se serait moqué ouvertement de son côté habituellement si commercial, qui devenait soudain poétique. Mais pas le Hutin. Le Hutin ne réfléchissait pas comme ça, il n'aimait pas les mots, et s'en encombrait du moins qu'il pouvait.
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''Imbécile !'', ragea-t-il, furieux que l'autre en sache apparemment plus que lui. ''Je vais te régler ton compte.''

Et sans plus de préambules, le sabre dégainé, il s'élança vers son adversaire, signal pour ses hommes de s'arranger et de se répartir le reste de l'équipage. Le Borgne évita la lame droite, tendue comme un dard, qui s'avançait vers lui d'un pas de côté, torero évitant le taureau, et cette métaphore n'était pas si mauvaise, tiens, il n'aurait presque manqué que l'anneau dans le nez au Hutin pour qu'il ne la mérite tout à fait. Il eut à peine le temps de se retourner, sortant son épée en même temps, que l'autre revenait à la charge, cherchant cette fois à toucher dans un mouvement circulaire et horizontal les jambes dont le fait qu'elles soient montées sur talon ne faisait que les embellir... Sans forcément rendre le quotidien du pirate plus facile. En effet, dans son saut pour éviter la lame acérée à laquelle il était confronté, Edmond se réceptionna mal et bascula légèrement en arrière, avant de reprendre l'équilibre, pour essayer de toucher l'ennemi à l'épaule. Somme toute, un geste trop maladroit pour être pris au sérieux, le sabre arrêta l'épée bien avant qu'elle n'ait atteint son but, et les adversaires étaient à nouveau au point de départ, l'un face à l'autre, les lames se faisant face sans oser s'avancer l'une vers l'autre, de peur de commettre l'erreur qui serait fatale à leur propriétaire.

Edmond fit deux pas vers la droite, doucement, comme un félin exécutant une danse compliquée et, exactement au même rythme, Louis l'imita, en miroir. Ils se connaissaient de réputation. Ils avaient parfois écumé les mêmes tavernes, couché dans le lit des mêmes putains. Mais jamais, leur semblait-il, ne s'étaient-ils trouvés aussi près l'un de l'autre, au point de voir la sueur perler sur leurs fronts, de sentir leurs souffles qui reflétait assez bien l'absence de salle de bain sur les navires, de lire dans les yeux de l'autre ses moindres intentions. C'était une phase d'évaluation. D'attente. Le premier qui... Ce fut Le Hutin. Fiouch, la lame qui sifflait dans l'air, et qui visait l'épaule. 'Touché, mon cher', aurait dit un escrimeur de la noblesse de l'époque à un homme d'esprit, mais Edmond n'était pas un escrimeur de la noblesse, et Louis pouvait être qualifié de beaucoup de choses, mais certainement pas d'homme d'esprit, ce qui leur épargnait les bavardages inutiles.

Au lieu de lui accorder son point, donc, il se recula, moulinant l'air devant lui. Ses talons s'enfonçaient dans le sable de la plage, rendant ses mouvements plus lourds, plus lents, lui demandant plus d'efforts, pour bouger. Il aurait voulu tourner la tête, voir comment ses hommes s'en sortaient, mais il avait compris que la moindre seconde d'inattention comptait. Aussi, il ne perdit pas de temps à regarder autour de lui, et n'essaya pas non plus d'ouvrir son ouïe au monde extérieur, quand il avait l'impression depuis qu'il avait le Hutin en face de lui d'avoir été plongé dans une bassine d'eau, de laquelle tous les sons lui parvenaient comme étouffés. Il essaya de toucher, changeant de cible, tentant l'imprévisible, visant cette fois le poignet, le poignet, ce n'était quand même pas simple à éviter, mais l'autre semblait attendre ses moindres réactions, il semblait déjà savoir ce qu'il allait faire, c'était comme si le sabre avait attendu l'épée pour qu'elle ne se cogne à lui avant d'atteindre sa cible. La grosse brute avait un sourire proprement exaspérant sur le visage, comme s'il pouvait en plus lire dans les pensées de son adversaire, deviner à quel point il était frustré, comme s'il affirmait à présent son invulnérabilité, et que la situation d'un ver de terre essayant de le terrasser l'amusait au plus haut point. Un ver de terre, lui, Edmond le Borgne, lui qui avait gagné tant de batailles en mer, et avec un panache qu'on ne pouvait comparer à l'allure lourdaude de l'horrible Hutin ! 'Ne triomphe pas trop', songeait-il. 'Tout invincible finit par trouver plus fort que lui.' Et comme ils étaient tous les deux invincibles, sa petite théorie allait forcément se vérifier sur l'un des deux à la fin de ce combat.

Si seulement ils avaient parlé, plutôt que ces jeux de jambes infinis, et ces essais de touches qui se voyaient toujours avortés. Sauf à l'épaule. Il sentait bien que l'entaille était peu profonde, mais elle le piquait d'autant plus, et le sang qui en abondait à chaque mouvement du bras (et essayez donc de ne pas bouger le bras lorsque vous vous battez à l'épée) faisait une tache chaude et lourde, qui collait sa chemise à sa peau. Mais non, ils ne parlaient pas. Pas de petite pique pleine de sarcasmes entre deux moulinets, pas de jeu d'esprit qui perdait la concentration, la sienne comme celle de l'autre, et finissait par rendre la touche plus facile. Il aurait pu lancer la conversation, lui, remarquez, il le savait bien, mais il savait bien aussi que c'était inutile. Ca n'aurait déconcentré que lui, l'autre n'aurait pas écouté, et aurait profité de ses recherches de traits d'esprit pour le découper en rondelles sans plus de sentiments.

Tant pis, c'était bête, perdant patience, il visa le ventre. Louis, ne s'attendant sans doute pas à un coup que l'on évitait aussi facilement, ne réagit pas tout à fait assez vite, de sorte qu'il ne put esquiver qu'en reculant, afin d'être trop loin pour que la lame ne le touche. Parfait, lorsque l'adversaire reculait, on était sur une bonne voie. Encore un effort et il pourrait l'avoir. Finalement, un duel n'était jamais perdu. Il ne fallait pas se décourager. Ne surtout pas fatiguer trop vite. En parlant de fatigue, ses mollets qui devaient, pour bouger, lutter contre le sable, tiraient de plus en plus. Non, il fallait qu'il se concentre sur le Hutin, en face de lui. Paf, il tapa le dessus de la main, où il parvint à former une nette coupure, une coupure qui formerait une vilaine cicatrice, bien ouverte, au bord de laquelle la chair s'enroulerait sur elle-même plus tard. Son visage se fendit d'un sourire en voyant le résultat de ce qu'il avait fait. Et il se déconcentra.


Le Hutin l'eut de la même façon qu'il l'avait eu, lui, un peu plus tôt : il visa le ventre, et Edmond n'eut d'autre choix que de reculer pour l'éviter, n'ayant pas ramené son épée en protection assez rapidement. Sauf qu'en reculant, l'un de ses talons s'enfonça mal dans le sable, et, avant qu'il n'ait eu le temps de vraiment réagir, il était allongé sur le dos, sur la plage, en appui sur un coude, tentant tant bien que mal, l'épée toujours en main, de repousser les assauts du sabre de l'adversaire autour de son visage, mais il savait de toutes façons qu'il n'en avait plus pour bien longtemps, à moins d'un mir -

Le tonnerre d'une détonation, l'odeur de poudre caractéristique, une tache de sang s'élargissant sur la poitrine du Hutin, et Edmond dut rouler sur le côté pour l'éviter au moment où son corps vidé de toute vie tomba lourdement vers l'avant. Le capitaine se releva, surpris, cherchant la source du coup de feu. Autour de lui, la bataille avait fait des pertes, d'un côté comme de l'autre, et les gisants gisaient au milieu des escrimeurs qui s'escrimaient.

''La bataille est finie !'', hurla Edmond aussi fort qu'il le pouvait. ''Louis Le Hutin est mort.''

Qu'il n'y était pour rien, il ne jugea pas utile de le préciser. Le bruit des fers s'entrechoquant se calma soudain, chacun tournant la tête vers le cadavre, qui semblait se nourrir du sable blanc, face contre terre qu'il était resté. Les uns après les autres, les batailleurs rangèrent leurs épées, leurs sabres, peu importe ce dont ils se servaient. Certains accepteraient de servir Edmond le Borgne, désormais. Ceux qui refuseraient seraient faits prisonniers, puis vendus comme esclaves. Ils trouvèrent le trésor, et leur fortune, déjà immense, doubla, tripla, même en un millième de seconde, à la découverte des casques, des pierres précieuses, des couronnes, des coupes, et de l'or, enfin, de l'or, de l'or qui emplissait le drakkar, soigneusement rangé dans la grotte sous-marine.

Edmond ne sut jamais pour sûr qui avait tiré pour lui sauver la vie. Oh, bien sûr, il s'en doutait. Mais il laissa les légendes dériver. Certaines affirmaient que c'était le fantôme de son père, qui avait enfin, par l'intermédiaire du fils, trouvé un vrai trésor. Pour d'autres, c'était le fantôme d'Ivar le Lancier lui-même, qui avait par là-même choisi son légataire. Et Edmond ne contredit rien. Car l'une comme l'autre avaient plus de dignité qu'une autre histoire, qui n'existait que dans sa tête, et où c'était un vieil indigène à moitié mort de vieillesse, qui le sauvait d'une brute épaisse et de sa force qui peuplait les contes les plus entendus.

[Bon, non seulement c'est long, mais en plus, l'introduction fait trois fois le combat lui-même :heu: ]
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Ah, l'impératif, j'ai hésité, et puis finalement, j'ai pas vérifié...
En revanche, en ce qui concerne "leur semblait-il", la phrase retournée donne "il leur semblait", donc il me semble (haha) que ce "il" ne se réfère pas à quelque chose de particulier, et qu'il est donc singulier.
Bref, j'arrête de contester les décisions de l'arbitre, et vais gentiment faire mes devoirs :/11/: . Donc je vais reprendre le deuxième message (je n'étais sans doute pas obligée, mais j'aime autant mettre les conseils en pratique directement en "correction"), sachant que le premier ne concernait pas vraiment ce qu'il y avait à travailler au départ, et essayer de l'arranger.
Au passage, merci pour les points positifs ^^ Je ne sais pas si mon "style" est particulièrement "recherché", mais enfin, j'essaie de décrire ce que j'ai en tête avec le plus de précision possible.

PS (après réécriture) : je me rends compte que j'adore ce genre de trucs. Je veux dire, pouvoir améliorer son texte grâce à ces conseils, ça apporte beaucoup, on se dit au départ qu'on peut difficilement faire mieux, et après avoir pris connaissance des suggestions, il apparait qu'en effet, on est déjà capable de bien améliorer. Merci beaucoup, donc, je me doute que c'est encore loin d'être parfait, je ne pense pourtant pas le modifier encore une fois (p'tet passer à aut'chose, au bout d'un moment), mais si tu pouvais relever encore ce qui peut pêcher dans la version refaite, j'en serais bien contente.


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''Imbécile !'', ragea-t-il, furieux que l'autre en sache apparemment plus que lui. ''Je vais te régler ton compte.''

Et sans plus de préambules, le sabre dégainé, il s'élança vers son adversaire, signal pour ses hommes de s'arranger et de se répartir le reste de l'équipage. Le Borgne évita la lame droite, tendue comme un dard, qui s'avançait vers lui d'un pas de côté, torero évitant le taureau, et cette métaphore n'était pas si mauvaise, tiens, il n'aurait presque manqué que l'anneau dans le nez du Hutin pour que celui-ci ne la mérite tout à fait. Eh bien, on pouvait dire qu'il ne perdait pas de temps. Il le savait bien, il faudrait qu'il soit vif, qu'il aille vite, surtout, qu'il n'hésite pas. Il sortit son épée tout en se retournant pour revenir à son adversaire, et ne put s'empêcher de constater la différence encore plus marquée entre les deux partis. D'un côté, un sabre courbé, certes partiellement protégé de la rouille par l'étui dans lequel il était tenu, mais visiblement éméchée, et le Borgne n'osait pas imaginer les bestioles qui, si elle l'égratignait, coureraient le long de sa peau ouverte. Et lui, de l'autre côté, avec sa lame fine, précise, un mousquetaire du roi dans un décor déplacé, et une poignée dorée, gravée, ciselée, dans laquelle il suffisait de plonger les doigts pour avoir une bonne prise sur l'arme. Il ne l'avait récupérée que très récemment, suite à un pillage de navire, mais elle lui convenait parfaitement.

Bref, trêve de considérations inutiles, nous étions en plein combat, mince ! Il n'avait qu'à se laisser totalement distraire, tiens, il n'avait qu'à se mettre à écouter les perroquets qui asaient dans un orchestre cacophonique, au haut des arbres bordant la falaise et séparant les deux plages de l'île. Ou bien, regarder ce que ses camarades faisaient, la façon dont Maximilien le Mignon taquinait de sa lame aux manières libertines un pirate à l'air balourd qui, de toute évidence, ne parvenait pas à faire face à sa rapidité de mouche. Et l'autre s'amusait, chat chassant la souris, son sourire étincelant sous la couche de poudre blanche et rouge qui couvrait son visage. On disait qu'il avait été favori du roy, et que c'était de cette époque que dataient ses penchants pour le maquillage et les jeux cruels, mais le Borgne n'y croyait qu'à moitié. Non c'était un bon matel - Eh ! Ah, oui, lui aussi, était censé se battre. L'autre avait visiblement été surpris qu'il ne réagisse pas tout de suite, qu'il préfère observer les combats des autres, et avait attendu un moment, mais son esprit pas plus gros qu'une noisette avait finalement repérer là un moyen d'en finir plus rapidement, et il revenait à la charge, cherchant cette fois à toucher dans un mouvement circulaire et horizontal les jambes dont le fait qu'elles soient montées sur talon ne faisait que les embellir... Sans forcément rendre le quotidien du pirate plus facile. En effet, dans son saut pour éviter la lame irrégulière à laquelle il était confronté, Edmond se réceptionna mal et bascula légèrement en arrière, avant de reprendre l'équilibre, pour essayer de toucher l'ennemi à l'épaule. Somme toute, un geste trop maladroit pour être pris au sérieux, et d'ailleurs, il n'était pas vraiment sérieux. Il était un peu comme le Mignon, finalement (et les mauvaises langues disaient que c'était le cas sur plus d'un point, mais ne nous attardons pas sur les commérages), et il aimait à jouer avec sa nourriture, même si, en l'occurence, son dîner à lui, pour être capitaine de navire, était un brin plus coriace. Le sabre ennemi arrêta l'épée bien avant qu'elle n'ait atteint son but, et les adversaires se retrouvèrent à nouveau au point de départ, l'un face à l'autre, les lames se faisant face sans oser s'avancer l'une vers l'autre, de peur de commettre l'erreur qui serait fatale à leur propriétaire.

Edmond n'aimait pas la lenteur. Il aimait les piques bien senties, qu'elles soient armées ou orales, il aimait la vivacité, il ne supportait pas de rester immobile, comme ça, à attendre que l'autre ne se décide à s'y risquer. Il fit deux pas vers la droite, pas trop vite, quand même, félin exécutant une danse compliquée et, exactement au même rythme, Louis l'imita, en miroir. Ils se connaissaient de réputation. Ils avaient parfois écumé les mêmes tavernes, couché dans le lit des mêmes putains. Mais jamais, leur semblait-il, ne s'étaient-ils trouvés aussi près l'un de l'autre, au point de voir la sueur perler sur leur front, de sentir leur souffle qui reflétait assez bien l'absence de salle de bain sur les navires, de lire dans les yeux de l'autre ses moindres intentions. C'était une phase d'évaluation. D'attente. Oui, finalement, il en était encore là. Dieu qu'il s'ennuyait, si ça continuait, il allait devoir - Mais non, ce fut Le Hutin. Fiouch, la lame qui sifflait dans l'air, et qui visait l'épaule. Qui la visait et atteignait sa cible, d'ailleurs. "Touché, mon cher", aurait dit un escrimeur de la noblesse de l'époque à un homme d'esprit, mais Edmond n'était pas un escrimeur de la noblesse, et Louis pouvait être qualifié de beaucoup de choses, mais certainement pas d'homme d'esprit, ce qui leur épargnait les bavardages inutiles.

Au lieu de lui accorder son point, donc, il recula, moulinant l'air devant lui dans une attitude évidente d'énervement. Il ne sentit pas la douleur pendant quelques secondes, ne s'amusant que de la sensation de chaleur liquide sur sa peau. Enfin, "s'amusant". C'est ce qu'il aurait voulu se convaincre qu'il faisait, oui. En réalité, ses oreilles bourdonnaient de plus en plus, signe que son pouls avait acceléré. Il n'avait pas envisagé qu'il pouvait perdre et maintenant... Maintenant... Mais c'était son problème, il était fainéant. Il se battrait jusqu'au bout, bien sûr, il n'allait pas se mettre à genoux et supplier qu'on lui épargne la vie. Mais le fait qu'il soit blessé (Pitié, faites qu'il n'ait pas attrapé une horrible maladie, Dieu seul savait à travers qui cette lame avait traîné) lui donnait un sentiment de lassitude, de fatalité. S'il fallait que ça s'arrête un jour, peut-être valait-il mieux que ce soit lorsqu'il commencerait à bourdonner à l'évocation de trésors inconnus, qu'on lui épargne le ridicule de finir comme la seule feuille de l'arbre généalogique qu'il connaissait à part lui-même, à savoir son père. Oui, en l'occurence, c'était plutôt une fougère généalogique, une fougère qui s'éteindrait peut-être sous les coups de cet imbécile de Hutin, puisqu'il était capable de lui lacérer l'épaule, et que personne ne viendrait l'aider, de toutes façons, on n'aidait pas son capitaine à se battre, ça aurait signifié qu'on ne le jugeait pas capable de le faire tout seul.

Et puis, ils étaient bien trop occupés de leur côté. Le Mignon torturait maintenant un second adversaire - où était le premier, tiens ? Ah, un peu plus loin, au sol, cette masse couverte d'un pantalon sombrement rougi pouvait peut-être correspondre à l'homme qui, un peu plus tôt, titubait sur ses jambes hébêtées. Son second, Jacques, Jacques qui n'avait pas de surnom, d'ailleurs, se battait avec tout le strict qu'on lui avait appris dans ses leçons d'escrime, tentant d'appliquer à son combat contre des ignares qui n'avaient jamais entendu parler de quintes et de quartes toutes les règles que son appartenance à la petite noblesse française lui avait inculquées. Le Borgne avait toujours souri de cet entêtement qui, après des années de bons et loyaux services, ne l'avait toujours pas quitté. Mais c'était un style, et, souvent par le passé, il avait fait ses preuves. Oh, tiens, mais le vieux Moine, de son véritable prénom Bénédig, mais personne ne l'appelait plus comme ça depuis des années, semblait avoir quelques difficultés avec l'homme couvert d'anneaux dorés qui l'attaquait. Sa bedaine le ralentissait, de toute évidence, et il l'entendait haleter à une centaine de mètres... Ou peut-être ne faisait-il que s'imaginer l'entendre à travers le bourdonnement ? Arf, il ne s'interrogea pas longtemps, fronça le nez en entendant son dernier couinement porcin et tourna la tête pour ne pas voir les boyaux tombés à terre après que le type lui avait ouvert le ventre. Cet équipage était vraiment immonde. Mais le Moine n'était pas le seul, à avoir du mal.
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Tenez, lui-même, par exemple : ses talons s'enfonçaient dans le sable de la plage, rendant ses mouvements plus lourds, plus lents, lui demandant plus d'efforts, pour bouger. Il avait voulu tourner la tête, voir comment ses hommes s'en sortaient, mais il était maintenant temps de revenir au feu de l'action, puisque lui aussi avait un pirate sanguinaire en face de lui, et qu'il n'avait aucune envie de devoir épousseter le sable de son foie dont il pourrait alors examiner la cirrhose tout à sa guise (non, lecteur, je plaisante, une telle situation aurait été inenvisageable, puisqu'il ne savait pas ce qu'était une cirrhose, évidemment). Aussi, il cessa de perdre son temps à regarder autour de lui, et n'essaya pas non plus d'ouvrir son ouïe au monde extérieur, puisqu'il avait l'impression, depuis qu'il avait le Hutin en face de lui d'avoir été plongé dans une bassine d'eau, de laquelle tous les sons lui parvenaient comme étouffés. Il respira un bon coup et, voyant que l'autre ne l'avait encore pas charcuté, essaya de toucher, changeant de cible, tentant l'imprévisible, visant cette fois le poignet, le poignet, ce n'était quand même pas simple à éviter, mais l'autre semblait attendre ses moindres réactions, il semblait déjà savoir ce qu'il allait faire, c'était comme si le sabre avait attendu l'épée pour qu'elle ne se cogne à lui avant d'atteindre sa cible. La grosse brute avait un sourire proprement exaspérant sur le visage, comme s'il pouvait en plus lire dans les pensées de son adversaire, deviner à quel point il était frustré, comme s'il affirmait à présent son invulnérabilité, et que la situation d'un ver de terre essayant de le terrasser l'amusait au plus haut point. Un ver de terre, lui, Edmond le Borgne, lui qui avait gagné tant de batailles en mer, et avec un panache qu'on ne pouvait comparer à l'allure lourdaude de l'horrible Hutin, lui qui avait lu trois livres dans sa vie, et ça prouvait déjà qu'il savait lire, lui qui comptait dans son équipage plus d'aristocrates que n'importe quel navire pirate français naviguant dans les Caraïbes ! "Ne jubile pas trop", songeait-il. "Tout invincible finit par trouver plus fort que lui." Et comme ils étaient tous les deux invincibles, sa petite théorie allait forcément se vérifier sur l'un des deux à la fin de ce combat. Le tout était que ce ne soit pas sur lui-même.

Si seulement ils avaient parlé, plutôt que ces jeux de jambes infinis, et ces essais de touches qui se voyaient toujours avortés. Sauf à l'épaule, bien sûr. Il sentait bien que l'entaille était peu profonde, mais elle le piquait d'autant plus, et le sang qui en abondait à chaque mouvement du bras (et essayez donc de ne pas bouger le bras lorsque vous vous battez à l'épée) faisait une tache chaude et lourde, qui collait sa chemise à sa peau. Mais non, ils ne parlaient pas. Pas de petite pique pleine de sarcasmes entre deux moulinets, pas de jeu d'esprit qui perdait la concentration, la sienne comme celle de l'autre, et finissait par rendre la touche plus facile. Il aurait pu lancer la conversation, lui, remarquez, il le savait bien, mais il savait bien aussi que c'était inutile. Ca n'aurait déconcentré que lui, l'autre n'aurait pas écouté, et aurait profité de ses recherches de traits d'esprit pour le découper en rondelles sans plus de sentiments. Mais non, restons silencieux, et hop, "j'essaie de te toucher le bras, je n'y arrive pas, tu tentes la tempe, pas mieux..." Dieu, ils étaient tous les deux doués, il était évident qu'il ne pourrait rien se passer comme ça, que ça n'avancerait pas. Ou alors, il décidait de jouer entièrement sur la fatigue. Comment ça, il décidait ? Et pourquoi le Hutin aurait-il décidé plus que le Borgne ? Non, non, non, il fallait qu'il fasse quelque chose.

Tant pis, c'était bête, comme un enfant perdant patience, il visa le ventre. Fini, les petits essais de touches minables qui agaçaient l'adversaire, mais guère plus, ces préliminaires que le Mignon adorait et d'ailleurs, en parlant de - non, non, ne changeons pas de sujet, son matelot n'avait rien à faire dans son esprit à ce moment-là. Il visa le ventre, donc. Louis, ne s'attendant sans doute pas à un coup que l'on évitait d'habitude aussi facilement, ne réagit pas tout à fait assez vite, de sorte qu'il ne put esquiver qu'en reculant, afin d'être trop loin pour que la lame ne le touche. Parfait, lorsque l'adversaire reculait, on était sur une bonne voie, c'était ce qu'on lui avait dit quand il n'était encore qu'un gamin et qu'il s'entraînait, armé de bâtons, avec une bande d'adolescents un peu plus âgés, pour certains, pas tous. "Encore un effort et tu peux l'avoir", entendait-il la voix du chef de gang dans sa tête. Ce qu'il y avait d'intéressant, chez lui, c'était qu'il pouvait se résigner très vite, mais reprendre espoir encore plus rapidement, ne serait-ce que parce qu'il avait réussi à faire reculer le tas de muscles. Finalement, un duel n'était jamais perdu. Il ne fallait pas se décourager. Ne surtout pas fatiguer trop vite.

En parlant de fatigue, ses mollets qui devaient, pour bouger, lutter contre le sable, tiraient de plus en plus. Non, il fallait qu'il se concentre sur le Hutin, en face de lui. Paf, il tapa le dessus de la main, où il parvint à dessiner une nette coupure, une coupure qui formerait une vilaine cicatrice, bien ouverte, au bord de laquelle la chair s'enroulerait sur elle-même plus tard. De quoi le venger du tétanos que l'autre lui avait déjà refilé. Son visage se fendit d'un sourire en voyant le résultat de ce qu'il avait fait. Et il se déconcentra.

Le Hutin l'eut de la même façon qu'il l'avait eu, lui, un peu plus tôt : il visa le ventre, et Edmond n'eut d'autre choix que de reculer pour l'éviter, n'ayant pas ramené son épée en protection assez rapidement. Sauf qu'en reculant, l'un de ses talons s'enfonça mal dans le sable, et, avant qu'il n'ait eu le temps de vraiment réagir, il était allongé sur le dos, sur la plage, en appui sur un coude, tentant tant bien que mal, l'épée toujours en main, de repousser les assauts du sabre de l'adversaire autour de son visage, mais il se demandait déjà s'il serait bienvenu de crier une réplique pleine de profondeur, ou le nom d'une personne aimée, avant de s'étouffer dans son propre sang, sachant de toutes façons qu'il n'en avait plus pour bien longtemps, à moins d'un mir -

Le tonnerre d'une détonation, l'odeur de poudre caractéristique, une tache de sang s'élargissant sur la poitrine du Hutin, et Edmond dut rouler sur le côté pour l'éviter au moment où son corps vidé de toute vie tomba lourdement vers l'avant. Ce geste avait été un réflexe, qui avait opéré bien avant que l'information ne monte à ses neurones, et ce ne fut qu'une fois à l'abris de la masse inerte qu'il prit le temps de le regarder longuement, tout en reprenant son souffle. Il était mort. Il était mort, quelqu'un l'avait tué, lui avait tiré dessus, apparemment volontairement, en prenant l'énorme risque de le toucher lui, Edmond, puisqu'ils avaient été si près l'un de l'autre pendant tout le duel. Mais non, bien sûr, lui était à terre, à ce moment-là, la balle ne serait pas descendue jusqu'à lui. Il finit par se relever, surpris, cherchant la source du coup de feu. Mais aucun de ses hommes, aucun des hommes présents en général, d'ailleurs, ne semblait avoir fait particulièrement attention au combat des capitaines, personne, pour autant qu'il pouvait en juger, n'avait à la main un pistolet venant de faire feu dans leur direction. Le temps qu'il se retourne vers la forêt, où quelqu'un aurait pu se dissimuler, il n'y avait plus rien à y voir. Il décida de ne pas plus sans soucier. Un bon pirate devait accepter la chance comme elle venait, sans trop la questionner, de peur qu'elle ne décide de prendre le large. Autour de lui, la bataille avait fait des pertes, d'un côté comme de l'autre, et les gisants gisaient au milieu des escrimeurs qui s'escrimaient.

''La bataille est finie !'', hurla Edmond aussi fort qu'il le pouvait. ''Louis Le Hutin est mort.''

Qu'il n'y était pour rien, il ne jugea pas utile de le préciser. Le bruit des fers s'entrechoquant se calma soudain, chacun tournant la tête vers le cadavre, qui semblait se nourrir du sable blanc, face contre terre qu'il était resté. Les uns après les autres, les batailleurs rangèrent leurs épées, leurs sabres, peu importe ce dont ils se servaient. Certains accepteraient de servir Edmond le Borgne, désormais. Ceux qui refuseraient seraient faits prisonniers, puis vendus comme esclaves. Ils trouvèrent le trésor, et leur fortune, déjà immense, doubla, tripla, même en un millième de seconde, à la découverte des casques, des pierres précieuses, des couronnes, des coupes, et de l'or, enfin, de l'or, de l'or qui emplissait le drakkar, soigneusement rangé dans la grotte sous-marine. Une fois ses coffres pleins, le bourdonnement s'arrêta d'un coup, il l'espérait pour toujours, mais quelque chose lui disait qu'il finirait par revenir.

Edmond ne sut jamais pour sûr qui avait tiré pour lui sauver la vie. Oh, bien sûr, il s'en doutait. Mais il laissa les légendes dériver. Certaines affirmaient que c'était le fantôme de son père, qui avait enfin, par l'intermédiaire du fils, trouvé un vrai trésor. Pour d'autres, c'était le fantôme d'Ivar le Lancier lui-même, qui avait par là-même choisi son légataire. Et Edmond ne contredit rien. Car l'une comme l'autre avaient plus de dignité qu'une autre histoire, qui n'existait que dans sa tête, et où c'était un vieil indigène à moitié mort de vieillesse, qui le sauvait d'une brute épaisse et de sa force qui peuplait les contes les plus entendus.
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Ok, eh bien je pense que c'est tout, donc ;)

*traumatisée* scinder mes paragraphes, qu'elle a dit... Je les ai déjà tous coupés en deux, voire en trois à la relecture... faut que je scinde encore plus ? *fin du traumatisme*. Oui, bon, je sais que c'est un de mes problèmes, j'y ferai attention, à l'avenir.
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